"La partie de polo... Sacré polo, va !!!"
"Le chant du calame..."
« Le Chant du calame »…
Le calame chinois trempé dans l’encre bistre, la pensée imaginative accompagne la main fiévreuse de l’artiste. Sur le papier vierge, Il trace les traits de ses pulsions créatrices. Son âme attentive transmet à sa main crispée le prolongement de son inventivité. Le morceau de bambou devenant sec, il le réhydrate rapidement, le trempant dans le liquide mordoré pour ajouter un plus à son œuvre en cours. Son travail en élaboration se modèle, se façonne, se forme progressivement. Au milieu des champs de blés fraîchement coupés et mis en bottes, attendant les ouvriers moissonneurs, il dessine. Son observation sous-jacente est transportée par le génie de son âme. Petit à petit, à grands coups de biffures, de griffures de traits dignes d’un graveur sur cuivre, l’artiste emporté dans sa folle pulsion ne contrôle plus ses gestes. Il porte au papier blanc des traces qu’il espère, seront indélébiles. Par son bâton taillé, le feuillet se couvre de petites et grandes rayures colorées
Sous les gestes passionnés du créateur d’images, son siège de toile vacille sur ses bases ; son pauvre siège acheté à bas prix au commerçant du village voisin et qui le suit dans toutes ses pérégrinations artistiques champêtres. Le soleil implacable et survolté, surchauffe l’atmosphère ainsi que la chevelure rousse et hirsute de l’homme. Les gouttes de sueurs perlent de son front brûlant, de derrière la nuque et lui coulent sur le corps. Il dessine encore et encore. Il remet son chapeau couleur paille. Et là-bas, tout là-bas au loin, il voit le chariot qui attend d’être chargé des bottes de pailles égrainées de blé. Il observe les gestes des ouvriers agricoles s’affairant tout autour, aidés de leurs fortes et gutturales onomatopées de paysans, hisser la récolte lourde de la moisson à grands coups de fourches. Avec eux les chevaux placides, de lourdes bêtes de traits aux fesses bien rebondies, rouges et charnues, attendent patiemment. Ils piétinaient sur place ayant l’air de se parler entre eux avec l’air de dire : « Et alors, ce n’est pas bientôt terminé tout ça ? C’est qu’on se langui de la fraîcheur de notre écurie, nous autres !» C’étaient de bons gros animaux dociles de labours. Et l’artiste les dessine rapidement, vite, très vite, saisissant leurs formes et leurs attitudes. De son œil attentif et exercé, il les couche sur le papier et enregistre mentalement leurs mouvements de mécanique lente et mesurée. C’est là son œuvre qui retient toute son attention de frénésie artistique.
Les labours seront à venir ensuite juste après le ramassage des blés. Déjà il y pense. Il bâtit sa future œuvre qu’il se fera joie et foi d’inscrire sur d’autres feuillets. Il sait qu’après la récolte, viendra en ses mains une autre œuvre à créer. Une autre image se profile déjà en son esprit. Il la voit déjà. Après les blés ramassés, l’éventrement de la terre comme pour une césarienne et la préparation d’un nouvel assolement puis le réensemencement de la graine du futur. L’éternel renouveau depuis le début des temps. Une gouttelette tombe sur son dessin, le fruit de sa culture à lui. Ses traits rageurs et passionnés se diluent de sa sueur et forment alors une teinte aquarellée bien vite séchée. Il travaille à la manière des maîtres orientalistes japonais dont il a accumulé les estampes colorées dedans sa chambre de village, images qu’il aime tant. Comme il se disait : « La meilleure de mes œuvres sera la prochaine ».
Pendant qu’il imaginait, tout en avançant dans leur ouvrage les ouvriers se rapprochaient, de la calme lenteur des paysans du terroir. Ils avaient la tranquille assurance de l’ouvrage bien fait. Et toujours le soleil qui dardait si fortement sa chevelure léonine ébouriffée. Sa barbe lui mange et lui démange le visage. Il ajoute ici et là, un trait plus marqué, afin de souligner, d’y ajouter sa volonté rustre de laisser sa trace pour une bien courte éternité. Dans le profond de son cœur, il ressentait en lui le désir de faire très vite, un ouvrage important qui serait le bilan de sa vie. Une petite voix intérieure lui soufflait que sa personnalité s’affirmant, il devait laisser à l’humanité un message que des décennies ou des siècles plus tard, les hommes s’en feraient références. Mais il savait que rien ne durait sur terre. Tout se ressemait, se recyclait, se recréait, se transformait par une impermanence immuable des choses et des éléments. Un renouvellement sans fin dans l’univers. Mais il se dépêchait tout de même, tentant de laisser par son aventure d’artiste, une trace de son court passage terrestre. Il remet son chapeau, l’enfonçant d’un coup de poing rageur sur sa caboche surchauffée d’artisan de l’image. Sa vision est troublée par les suées. Il a mal de tête.
Il regarde son œuvre la tenant à bout de bras, l’observe puis la scrute et la critique sans tolérance aucune. Mu par une force intérieure qui le pousse à bâtir son véritable travail, le seul qu’il sache faire, il retouche et rajoute un trait ici et un autre là. Et il retrempe son calame taillé à « sa main », dans le flacon d’eau colorée, la charmeuse de papier. Les paysans s’approchent. Ils l’entourent sachant très bien que l’homme timide qu’il était, serait troublé de leur présence. Et de rire et de plaisanter, se découvrant si petitement dessinés au loin dans le paysage de papier.
« Ca va bien mon gars ? C’est-y que t’es pas un peu fou de dessiner ainsi à c’t’heure sous ce soleil ? Tiens bois donc un bon coup, ca te requinqueras » disait le plus moustachu d’eux quatre en lui tendant un flacon d’eau paraissant fraîche.
Il lui offrait le partage des petits, des humbles de la terre, de ceux qui savent accueillir parmi eux l’étranger. Il était cet étranger qui s’intégrait naturellement aux gens simples, leur causant de leur vie et de leur travail. Il n’était pas comme ceux de la ville qui les regardaient eux, d’un air conquérant, hautain et condescendant, du regard de ceux qui toisent les petits d’un œil supérieur
« Tiens donc mon gars. Ca vous requinque un bonhomme, ça. Hein ? Qu’est ce que t’en dis ? » Et d’enlever avec ses dents le bouchon de la bouteille et de lui tendre tout heureux de voir cet énergumène rouquin vivre la vraie vie d’homme de la terre.
« C’est-y bien beau ce que tu nous fais là, mon gars. C’est bien joli tout ça ».
Et le dessinateur, heureux d’avoir rencontré des complices aimables de son œuvre, s’offre à la régalade une généreuse rasade de leur eau, de cette eau qu’ils lui offraient en amitié fraternelle de ruraux. Il s’épanche avec largesse. Et eux d’admirer son dessin un peu interrompu par leur venue surprise.
« Là, tu as vu gamin ? C’est not’carriole qu’il nous a fait là le monsieur. C’est bien beau mon gars…Et nos chevaux, là !» disait le bonhomme au plus jeune d’entre eux.
Et l’artiste, heureux que quelques uns reconnaissent son ouvrage encourageant son talent d’homme forcené un peu fêlé dans sa tête, leur tend son œuvre à peine terminée encore transpirante de la sueur de ses mains calleuses.
« Tenez, c’est pour vous » leur dit-il avec cœur et générosité.
« Mais mon gars, c’est bien gentil, ça. Mais tu n’as pas signé ton gribouillis » répondit-il un peu taquin.
Heureux alors, il reprend le feuillet et retrempant son calame asséché dans la divine couleur, il appose sa griffe nerveuse décidée et joyeux il grave plus qu’il n’appose …
Vincent… 1888
« Vincent… C’est bien beau mon gars mais c’est-y quoi qu’ton nom ? »
« Moi ? répondit le rouquin transpirant… « Van GOGH. Vincent Van Gogh… »
Ce texte m'a été spontanément inspiré par un respect et un amour que j'ai dans la peinture de Vincent Van Gogh... (Daniel Bousseton)
"L'avis des Maîtres..."
« L’AVIS des MAîTRES… »
Il y a quelques milliers d’années déjà, vêtu de peaux de bêtes assis aux pieds du Maître, je broyais les couleurs de terres, ocre jaune ou rouge, de noir de fumée, de blanc de chaux ou d’Espagne. Tout en traçant d’un geste ample une forme animale sur la paroi de la caverne, il me dit d’un ton paternel et protecteur :
- « Tu vois gamin, tu dois dessiner et peindre ce que ta mémoire à saisie, ce que tu as vu et ce que tu as ressenti en visualisant l’animal. Il courrait ? Tu le peins comme tu l’as vu courir…»
- « Oui, M’sieur. » lui dis-je obéissant …
- « Appelle-moi Maître, mon petit ! » me dit-il d’un grognement guttural.
- « Oui, Maître. » lui répondis-je ! »
Nous étions dans les grottes d’Altamira, j’en étais à ma première leçon de peinture, rupestre celle-là. La caverne où nous travaillions était immense, obscure et profonde. Nous avions dû nous battre contre des plantigrades gigantesques, les déloger pour pouvoir nous y abriter et de par ce fait, pouvoir nous adonner à notre art, l’art pariétal. Je partais le lendemain expérimenter bien plus loin à Lascaux, les conseils artistiques reçus qu’il m’avait enseignés. Là-bas, je savais y trouver du travail…
Quelques siècles plus tard, dans une autre vie, j’étais toujours à broyer des couleurs pour un peintre génial, travailleur infatigable. Juché sur son échafaudage, tout en haut d’une chapelle que l’on appelait Sixtine, il me dit alors :
- « Tu vois p’tit gars, tu dois prendre de la hauteur et de la distance avec ce que tu vois. Tu dois cligner des yeux pour éliminer les détails superflus. Tu comprends ? »
- « Oui, M’sieur. » lui répondis-je …
- « Appelle-moi Maître, mon garçon !»
- « Oui, Maître. » lui dis-je du bas de son chef-œuvre. Il s’agissait, vous l’aviez deviné, du divin Michel-Ange !
Plus tard, dans les Flandres, (je crois que c’était à Amsterdam), je broyais encore et encore des couleurs dans un atelier. L’éclairage venait du ciel, d’en haut à gauche et se posait sur un homme bizarrement habillé qui reproduisait avec soin les détails de son lumineux visage de tonalités d’ors. Il me dit :
- « Tu vois, mon garçon. L’important en peinture, c’est l’émotion de l’instant. Le reflet dans l’œil du portrait que tu réalises, c’est le scintillement du reflet de l’âme… Souviens - t’en bien, le reflet de la pensée ! »
- « Oui, M’sieur Rembrandt. » lui répondis-je, le remerciant avec émotion !
- « Appelle-moi Maître. » me dit-il.
- « Oui, Maître. » répondis-je, d’une humilité reconnaissante…
Encore plus tard, un artiste de la lumière et de l’ombre, de la forme et de la transparence de l’objet, de la vibration du pastel soyeux et joyeux, me dit :
- « Tu vois mon garçon, l’objet est vivant. VIVANT, tu m’entends ? Tu le devines, tu lui parles comme à un être humain et il te parle. Écoute-le bien. L’objet n’est inanimé que dans son apparence, mais il vit par l’interprétation vibratoire que tu en fais. …»
- « Oui, M’sieur Chardin. ».
- « Appelle-moi Maître Chardin, s’il-te-plait mon petit.».
- « Oui, Maître Chardin. » Lui dis-je reconnaissant de la leçon…
Bien plus tard à Cagnes-sur-Mer dans une autre vie, j’étais dans l’atelier de Pierre-Auguste Renoir. La belle Gabrielle posait nue pour lui seul. Il peignait d’un geste appliqué et très amoureux ses formes généreuses, sa poitrine opulente et ses fesses rebondies, sa tendre pigmentation lumineuse et nacrée … Me tapotant la joue d’un air paternel et par ce geste, me touchant le nez de sa brosse enduite de peinture, il me dit :
- « Tu vois p’tit gars, tu peins le corps de la femme, tu le caresses de tes pinceaux et ton œuvre n’est terminée que lorsque tu as envie de pincer les fesses du modèle. Compris ? » Me disait-il de son air coquin empli de lubricité.
- « Oui, M’sieur Renoir. ».
- « Appelle-moi Pierre-Auguste. ».
- « Merci M’sieur. » répondis je m’essuyant furtivement le museau…
Lors d’une pause dans un bistrot de Pigalle, un homme paraissant être assis mais qui en fait était debout, un haut de forme vissé sur la tête me dit amicalement me toisant de sa petite taille :
- « Tu prendras bien un p’tit Cognac, mon garçon ? » me dit-il tout en dévissant sa canne à pommeau et me servant un verre. « Tu vois en peinture ce qui compte, c’est la spontanéité, la sincérité, le mouvement, la légèreté et l’élégance dans le geste. Un œil. Il te faut un œil ! Compris, p’tit gars ? Tu passes me voir au Moulin-Rouge, ce soir ? Tu demanderas Monsieur Toulouse, c’est moi… »
- « Oui Monsieur Lautrec. » Répondis-je, ému et plein de reconnaissance pour tous ses précieux conseils…
Plus loin, toujours à Montmartre du côté du Lapin-Agile, un certain Picasso, Pablo pour les dames, me dit un jour :
- « L’important n’est pas de mettre de la couleur, mais de la mettre au bon endroit. Tu ne cherches pas, tu trouves. Compris petit ? »
- « Oui M’sieur. » lui dis-je… Il me répondit :
- « Appelle-moi Pablo ». J’étais au comble de la joie !
Aujourd’hui, de toutes ces vies passées, je me dis que les conseils qu’ils m’ont donné si généreusement, je dois tenter avec humilité de les suivre et avoir beaucoup de respect pour eux, eux qui ont sut me les donner si simplement. Et cela pour les appliquer et d’arriver « peut-être » un jour au niveau de leur cheville.
Amis connus et inconnus… un artiste peint tout d’abord « très égoïstement », pour tout d’abord se faire plaisir à lui-même. Et si, en plus, cela plait au public, la satisfaction en est multipliée d’autant… L’objectif n’est pas de « Paraître » … mais c’est d’«Être soi-même. ».
« Que seraient donc les artistes sans l’existence du public ? ».























